Dispositif d’intervention
Mesures d’évaluation
Pour identifier quels enfants pourraient bénéficier du palier 2 du SSPM, des mesures de dépistage individuelles seront administrées par la chercheuse ou par des logopédistes selon les possibilités et les souhaits du contexte dans lequel les données seront recueillies (par ex. épreuves de désignation et de dénomination d’images, tâche de répétition de non-mots). En ce qui concerne la mesure indirecte des compétences des enfants, il est prévu que les enseignant·e·s puissent répondre à un questionnaire adapté du QLIF (Ross-Lévesque et al., 2024) avant et après les enseignements au palier 2.
Au palier 2, la capacité d’apprentissage des enfants sera évaluée à intervalles réguliers à l’aide d’épreuves élaborées spécifiquement pour le projet (p. ex. une épreuve de vocabulaire ciblé). Dans une perspective d’évaluation dynamique, l’accent sera mis sur la capacité de l’enfant à apprendre à partir de l’étayage offert pendant la tâche, plutôt que sur sa seule performance initiale (Gutierrez-Clellen et Pena, 2001).
Description du dispositif
Le dispositif global sera mis en œuvre sur environ un semestre (comprenant la formation aux intervenant·e·s, l’organisation et la mise en place des paliers 1 et 2). Conformément à ce qui est préconisé dans la littérature scientifique, il est prévu que le palier 2 soit organisé sur une durée minimale de huit semaines, avec une flexibilité permettant de l’étendre jusqu’à douze semaines selon les besoins de l'établissements. Comme le but de ce travail n’est pas de comparer les mises en œuvre entre elles ; il semble donc envisageable de laisser la possibilité aux établissements d’ajuster la durée de l’intervention au palier 2 selon leurs ressources.
Un total de quatorze livres à choix sera mis à disposition des équipes pour soutenir l’implémentation des paliers 1 et 2. Parmi ces livres, nous intégrerons des livres de style narratif mais aussi des livres de type documentaire souvent riches du point de vue langagier (Rémy-Néris et al., sous presse). Des livres multilingues ou favorisant la narration dans d'autres langues (p.ex. livres sans textes) seront égalemement mis à disposition.
L’organisation du travail s’articulera typiquement autour d’un livre par semaine. Pour chaque ouvrage, des cibles d’apprentissage seront définies, notamment le lexique réceptif et productif, la compréhension d’inférences ou des compétences de littératie émergente.
Palier 1 (universel) : l’ensemble des élèves bénéficiera d’activités de lecture interactive menées en classe entière pendant les heures scolaires. Durant ces séances, une attention particulière sera accordée à la mise en oeuvre de stratégies d'étayage spécifiques visant l'élaboration du langage des enfants (p.ex. modelage langagier, rétroactions, séquences PEER, incitations CROWD) (Desmottes et al. 2020 ; Zevenbergen et Whitehurst, 2003). Des pratiques visant l’éveil aux différentes langues ainsi que des stratégies cross-linguistiques seront également proposées. L’objectif est de créer un environnement langagier riche et stimulant, afin de soutenir le développement de tous les élèves. Ceci est en accord avec les préconisations du Plan d'Etude Romand. Les séances suivront une structure récurrente définie en co-construction avec les différent·e·s intervenant·e·s. De façon générale, le format précis et final des séances s'établira en co-construction avec les acteur·rice·s.
Palier 2 (soutien ciblé) : à partir d’un dépistage universel, les enfants présentant des fragilités langagières seront invités à participer à des séances de lecture interactive enrichie en petits groupes de 3 à 5 élèves. Si plus de 20% des élèves sont identifiés, une réflexion concernant les pratiques du palier 1 sera menée afin d’ajuster l’enseignement. Les séances du palier 2, organisées deux à quatre fois par semaine sur temps scolaire, viseront à renforcer les apprentissages du palier 1 par un enseignement explicite et interactif (Goldfeld et al., 2022). Les enfants écouteront l’histoire préalablement à l’écoute en collectif (palier 2 avant le palier 1). Ensuite, ils seront par exemple invités à raconter l’histoire avec des figurines ou à remettre en ordre les étapes du récit. Ces activités permettront de soutenir la compréhension, la structuration du récit et la réutilisation du vocabulaire ciblé dans des contextes variés. Les séances suivront toute une planification séquentielle similaire. L’accent sera mis sur la participation verbale active de chaque enfant et sur les rétroactions de l’adulte. Il est prévu que les intervenant·e·s du palier 2 fassent partie de l’équipe enseignante.
Les enfants qui progresseront peu malgré les interventions aux paliers 1 et 2 feront l’objet d’une réflexion conjointe avec les enseignant·e·s et les logopédistes pour que les intervenant·e·s puissent envisager des soutiens supplémentaires individualisés, selon les ressources disponibles dans chaque école (logopédie, enseignement spécialisé, etc.).
Accompagnement et formation des professionnel·le·s
La mise en œuvre du dispositif repose sur la formation et l’accompagnement continu des enseignant·e·s.
Une formation initiale d'environ une heure et prévoyant un temps de question leur sera proposée (fondements du langage oral, principes de la lecture interactive, cadre SSPM). Selon les souhaits de l'établissement, elle pourrait être proposée en présentiel ou à distance. De plus, nous nous adapterons entièrement à la volonté et à l'agenda de la direction concernant l'horaire et la planification de ce temps de formation.
Par la suite, du modelage et un coaching sur le terrain seront proposés pour accompagner l’appropriation progressive des pratiques, grâce à des observations, des rétroactions constructives et des ajustements individualisés. Nous nous inspirons des travaux de MacMahon-Morin et al. (2025) pour la conception de l’accompagnement des professionnel·le·s.
Ce processus sera complété par des temps de travail collectif pouvant impliquer enseignant·e·s, logopédistes et directions, favorisant l’intelligence collective et l’adaptation du dispositif aux réalités locales (environ trois-quatre rencontres ponctuelles de 30 à 45 minutes avant et pendant l'intervention).
Par ailleurs, les logopédistes scolaires joueront un rôle clé dans la mise en œuvre du projet. En fonction des souhaits et des ressources des établissements, elles pourront contribuer à l’élaboration de la formation des enseignant·e·s, participer au coaching sur le terrain ou encore apporter leur expertise clinique pour soutenir l’ajustement des pratiques langagières. Leur implication vise à favoriser une appropriation durable des pratiques langagières fondées sur les données probantes. Une rencontre préalable entre la chercheuse et les logopédistes sera organisée afin d’homogénéiser les recommandations pour les enseignant·e·s.
Méthode d’analyse
La méthode d’analyse s’inscrit dans une approche d’étude de cas, permettant d’examiner les effets du dispositif à différents niveaux (enseignant·e·s et élèves) tout en tenant compte de la diversité des contextes scolaires et des contraintes du terrain.
Niveau 1
Les effets du palier 1 sur les pratiques des enseignant·e·s seront documentés à partir de données recueillies par questionnaire et, si le contexte le permet, à partir d’observations de séances de lecture interactive.
Les questionnaires, administrés avant et après la mise en œuvre du dispositif, viseront à documenter l’évolution des pratiques professionnelles rapportées par les enseignant·e·s en lien avec l’étayage du langage oral et l’utilisation de stratégies favorisant l’éveil aux langues. Ces outils s’inspireront de travaux existants dans la littérature (p. ex. Desmottes et al., 2020).
Les observations, lorsqu’elles seront possibles, permettront de décrire de manière qualitative l’évolution des pratiques langagières mises en œuvre en classe entière au fil de l’intervention. Ces données seront analysées de façon descriptive, afin d’identifier d’éventuels changements dans la nature et la diversité des stratégies mobilisées par les enseignant·e·s.
L’analyse reposera principalement sur des comparaisons au sein des mêmes enseignant·e·s entre différents temps de recueil. Lorsque la nature des données le permettra, des analyses statistiques simples pour données appariées (p. ex. tests de McNemar pour certains items dichotomiques) pourront être envisagées, dans une visée exploratoire.
Niveau 2
En ce qui concerne les l’efficacité de l’intervention auprès des élèves bénéficiant du palier 2, elle sera examinée à l’aide d’une méthodologie SCED (Single Case Experimental Design) en lignes de base multiples à travers les comportements. Ce dispositif permettra d’observer l’évolution des performances des enfants dans les domaines du langage oral ciblés par l’intervention à travers des mesures répétées et régulières, recueillies avant, pendant et après l’introduction de l’intervention. Les cibles d'intervention du temps 2 serviront de mesures contrôle au temps 1 et ainsi de suite.
L’évolution des performances sera principalement examinée à l’aide d’analyses visuelles et descriptives des trajectoires individuelles, sans viser une comparaison entre élèves ou entre établissements.
Dans une perspective d’évaluation dynamique, l’attention portera également sur la manière dont les élèves tirent profit de l’étayage proposé au cours des séances, en cohérence avec les travaux de Gutierrez-Clellen et Peña (2001).