Développement des pratiques d’évaluation sommative notée au service des décisions du corps enseignant et des apprentissages des élèves

Informations sur le projet
Titre: 
Développement des pratiques d’évaluation sommative notée au service des décisions du corps enseignant et des apprentissages des élèves
Adresse e-mail de contact: 
Institution liée au projet: 
HEP-Vaud
État du projet
Date de début du projet: 
août, 2025
Date de fin du projet: 
juillet, 2027
A l'issue de la recherche, résumer les résultats en mettant en évidence les bénéfices pour l'éducation: 

En termes de plus-value, les retombées de notre projet sont triples.

1. Aucune recherche de ce type n’a été réalisée à ce jour en Suisse romande, malgré le fait que tous les systèmes oeuvrent au développement d’une Evaluation-soutien d'Apprentissage : nous disposons donc de très peu de données probantes sur la manière dont le corps enseignant construit ses démarches d’évaluation et en quoi ces dernières relèvent d’un raisonnement en lien avec les apprentissages, fidèlement aux prescriptions. Ce manque est d'autant plus cruel au cycle 3, où l'enjeu est de faire en sorte que les pronostics de fin de scolarité soient les plus cohérents possibles pour chaque élève.

2. Ce projet participe à développer une meilleure compréhension des pratiques de notation et de leurs synergies avec des pratiques d’évaluation sommative critériées, en référence au nouveau cadre général de l’évaluation, à des fins de pronostic. L'étroite collaboration avec la DGEO et plus spécifiquement avec son unité Évaluation élèves et système scolaire (EVAL) permettra de mieux comprendre à quelles conditions des prescriptions en matière d'évaluation font sens pour le corps enseignant.  

3. Ce projet fournira des données relatives à l’impact de ces pratiques sur les apprentissages des élèves, et sur leur capacité à les comprendre, puis à les communiquer à leur famille.

Plus généralement, en termes de retour sur investissement et de transférabilité des résultats, cette recherche devrait notamment contribuer à enrichir et réguler la formation initiale et continue en évaluation des enseignant·e·s, et de manière articulée, vu ses dimensions innovantes, à aider à l'actualisation des prescriptions en matière d’évaluation de manière à les rendre intelligibles et opérationnelles.

Description du projet
Résumé: 

Ce projet de recherche-formation vise, d’une part, à étudier les pratiques d’évaluation d’enseignant·e·s en exercice en se centrant sur les pratiques sommatives et de notation, en documentant les connaissances et compétences requises pour que leurs décisions en matière de certification gagnent en cohérence, et d’autre part, à décrire les conditions nécessaires pour que les pratiques développées soutiennent les apprentissages des élèves, conformément aux directives présentes dans le CGE (2022) et le DAAE (2022). S’inscrivant dans la perspective de l’Assessment for Learning (AfL) - ou Evaluation-soutien d’Apprentissage (E-sA – Allal & Laveault, 2009) - faisant aujourd’hui référence dans les prescriptions de tous les systèmes éducatifs romands, le projet portera sur trois dimensions. Ainsi, il se focalisera sur les pratiques effectives des enseignant·e·s (et non sur leurs pratiques déclarées) du cycle 3 (dimension 1) ; en français et en mathématiques, deux disciplines à forts enjeux pour les élèves et les enseignant·e·s, qui jouent un rôle majeur dans leurs parcours scolaires (dimension 2) ; et sur l’impact de ces pratiques sur les apprentissages des élèves (dimension 3).

Méthodologiquement, nous aurons recours à la recherche collaborative dans des communautés d’apprentissage professionnel (CAP), afin de documenter la manière dont les pratiques évoluent tout au long d’un processus d’accompagnement structuré. C’est à ce titre que nous parlerons de pratiques d’évaluation constructives, c’est-à-dire des pratiques contextualisées se référant aux contenus prescrits et enseignés, aux apprentissages réalisés, en lien avec des démarches d’évaluation formative, pouvant, tout au long de l’enseignement et au moment de la certification, se référer à des critères pour fournir des feedbacks aux élèves afin de soutenir leurs apprentissages.

Dans ce cadre, nous ambitionnons de répondre à la question de recherche principale suivante : 

A quelles conditions les pratiques d’évaluation, et plus spécifiquement les pratiques sommatives et de notation d’enseignant·e·s du secondaire en mathématiques et en français, peuvent-elles gagner en cohérence afin d’améliorer leurs décisions et soutenir les apprentissages des élèves ?

Pour y répondre, nous collaborerons avec des enseignant·e·s de mathématiques (une file durant une année scolaire) et de français (une file durant une autre année scolaire) vaudois issu·e·s successivement de deux établissements différents. Ainsi, chaque file constituera une communauté d’apprentissage professionnel. Ce choix nous permettra de prendre en considération l'influence de la culture de chaque établissement dans la capacité des enseignants à modifier leurs pratiques en contexte. 

 

[1] Il se pourrait toutefois que selon nos contacts, les deux files proviennent du même établissement.

Mots-clés: 
évaluation soutien d’apprentissage
évaluation sommative
pratiques de notation
littératie en évaluation
apprentissages des élèves
communication famille-école
Méthode
Plans de recherche et modes/instruments de recueil de données: 

La démarche de recherche s’inscrit dans une approche qualitative. Elle sera construite à partir d’une analyse des pratiques effectives des enseignants et de leur réception par les élèves. Aussi, notre méthodologie s’inscrira dans les dimensions suivantes.

L’étude de cas comme méthode globale de recherche

La méthode de l’étude de cas nous semble particulièrement adaptée pour répondre à nos questions de recherche. Cette méthode est effectivement préconisée dès lors que l’on souhaite étudier en profondeur un processus ou un événement (un cas) dans le contexte authentique dans lequel il se réalise. Par ailleurs, nous nous intéresserons à étudier les effets d’une situation de recherche-formation délimitée clairement dans le temps, et c’est cette situation qui va provoquer la recherche (Albarello, 2012). Étant donné que nous collaborerons avec des files provenant de deux établissements différents, cette étude de cas aura la caractéristique d’être multi-sites (Yin, 2009), en vue de permettre une comparaison de cas contrastés (établissements scolaires et disciplines d’enseignement).

Une démarche dans un rapport dialectique entre déductif et inductif

Plus finement, notre méthodologie suivra d’abord un mouvement inductif, mettant au centre les questions, problèmes, représentations et postures des enseignant·e·s ainsi que l’expression de leurs pratiques. Ce choix méthodologique s’inscrit dans les travaux d’Anadon et Guillemette (2007) pour qui la recherche qualitative valorise une production de connaissances à partir de données. Dans ce cadre du dispositif CAP, des modèles et apports théoriques entreront en confrontation durant l’accompagnement des enseignant·e·s avec leurs questions et problèmes, conduisant à utiliser en relai un mouvement déductif à des fins d’interprétation des données (apports) dans une perspective compréhensive. Le recours à des apports théoriques sera donc bien nécessaire ici, car toute approche généralement inductive implique des moments de déduction « sans perdre son caractère essentiellement inductif, celui-ci provenant de l’orientation fondamentale qui consiste à étudier les phénomènes à partir de l’expérience propre des acteurs » (Anadon & Guillemette, 2007, p. 33). Les deux mouvements seront dès lors en alternance, dans un rapport dialectique. Dans ce sens, notre approche mettra en lien le pouvoir explicatif des apports théoriques avec des données construites en référence à une problématique partagée par les enseignant·e·s. Nous investiguerons ainsi, dans une visée interprétative, le « comment », mais aussi le « pourquoi ». Ce faisant, il nous sera possible d’envisager de potentielles discussions de nos approches théoriques, tout comme d’être flexibles sur les phénomènes qu’éclaireront nos données.

L’exploitation innovante de l’Approaches to Classroom Assessment Inventory (ACAI) 

De manière à augmenter la validité qualitative de notre méthodologie et pour la première fois en contexte francophone, nous documenterons l’évolution des connaissances et compétences des enseignant·e·s en matière d’évaluation lorsqu’ils sont engagés dans un dispositif de formation. Pour cela, nous utiliserons au début et à la fin de la formation un outil élaboré spécifiquement pour l’étude du développement de la littératie en évaluation (LE) des enseignant·e·s : l’ACAI. Il a été construit, sur la base d'une analyse de 15 standards d'évaluation contemporains (de 1990 à aujourd'hui) provenant de cinq régions géographiques (DeLuca et al., 2018). Considérant cette analyse, un ensemble de thèmes permettant de décrire les différentes dimensions de la LE des enseignant·e·s a été développé en alignement sur les standards d'évaluation les plus récemment publiés par le Joint Committee for Standards de l'évaluation (2015). L’ACAI intègre les quatre domaines de la LE suivants : a) les buts de l’évaluation, b) les processus d’évaluation, c) la justice en évaluation et d) les théories en évaluation. Chaque dimension est associée à un ensemble de trois domaines prioritaires. En sus, l’ACAI nous permettra également de récolter des données biographiques sur les participant·e·s. Les enseignant·e·s compléteront une seconde fois le questionnaire ACAI en fin de CAP, en ligne, de manière à pouvoir, en complément à l’étude du développement de leur LE, documenter qualitativement l’évolution de leurs connaissances et compétences, mais aussi leurs conceptions, croyances et postures (Looney et al., 2017). Cette seconde phase sera fondamentale, non seulement pour rester fidèle au protocole de recherche dans lequel s’inscrit cet instrument, mais aussi pour souligner le début et la fin de notre étude de cas (Albarello, 2012). Pour assurer la validité de l’ACAI en contexte francophone suisse romand, nous nous appuierons sur la version traduite par Baron et ses collègues en communauté française de Belgique (2024) et l’adapterons à notre contexte.

Une collaboration au travers de communautés d’apprentissage professionnel (CAP)

La CAP se définit comme « un regroupement d’enseignant·e·s qui travaillent en collaboration pour améliorer les apprentissages des élèves, qui exercent une pratique réflexive et qui cherchent constamment à se perfectionner sur le plan professionnel » (Leclerc et al., 2015, p. 87). Dans une récente et importante revue de littérature, Siegel et collègues (2019) ont montré que la collaboration entre enseignant·e·s est un élément clé de la mise en œuvre de démarches d’E-sA. En effet, elle induit une dimension de co-apprentissage, de création de connaissances liée à la résolution collective de problèmes issus de la pratique, ici évaluative. Nos CAP se déploieront donc autour d’un projet collectif négocié entre des enseignant·e·s et deux chercheurs-formateurs, orienté vers la formation et/ou la recherche (Savoie-Zajc, 2010). Trois piliers caractérisent la communauté d’apprentissage professionnel (Dufour et al., 2019), sur lesquels nous nous baserons dans notre projet : a. l’équipe se centre sur les apprentissages des élèves ; b. la CAP se caractérise par une dimension collaborative incontournable, concrétisée dans un processus continu d’accompagnement au sein duquel les enseignant·e·s analyseront et développeront leurs pratiques évaluatives ; c. une attention sera portée sur les avancées du groupe en matière de production de connaissances (Jones et al., 2013). 

Un questionnaire pour documenter la perception qu’ont les élèves de l’impact des pratiques évaluatives constructives sur leurs progrès

Nous recueillerons un questionnaire adressé à tous les élèves d’une classe dans laquelle chaque enseignant·e engagé·e développera ses démarches d’évaluation, au début et à la fin de l’accompagnement, pour voir dans quelle mesure il est capable de mieux comprendre, dans une perspective comparative, ce sur quoi il aurait échoué et/ou réussi et comment il envisagerait sa progression en lien avec les rétroactions de son enseignant·e.

Phases de la recherche

Le but sera de mettre en œuvre notre dispositif de recherche-formation dans deux établissements, de manière à travailler dans chaque école respectivement avec une file de français puis avec une de mathématiques, composée chacune d’enseignant·e·s volontaires. Nous choisirons nos deux écoles à partir des critères suivants : (1) des établissements où des enseignant·e·s ont identifié des enjeux relatifs aux nouvelles prescriptions soutenant la mise en œuvre d’une e-sA; (2) l’ouverture des directions d’établissement à octroyer du temps aux files de disciplines sur une année complète, suite à un entretien de présentation de la recherche et sa démarche. Au vu des difficultés rencontrées précédemment dans leur recrutement à des fins de recherche, nous travaillerons avec des personnes volontaires, novices ou expérimentées. Cette collaboration durera un an dans chaque établissement, à raison de rencontres régulières correspondant à 5 % du temps de travail (40 heures), fixées avec les groupes d’enseignant·e·s en fonction de leurs questions et réalisations (voir tableau du dispositif). Le but sera ici pour chaque participant·e, et selon les modalités qui lui seront les plus formatrices, de concevoir et mettre en œuvre au moins une démarche d’évaluation critériée en classe, depuis la planification à rebours des apprentissages. En sus de cette récolte, nous recueillerons les questionnaires aux élèves décrits plus haut. Ce laps de temps relativement important nous permettra d’approfondir les dimensions disciplinaires en jeu dans le développement des pratiques évaluatives (Timperley, 2011). En outre, il offrira de multiples occasions aux enseignant·e·s d’articuler les apports théoriques avec leurs réalités de classe, ce qui est une condition au développement de compétences (Guskey & Yoon, 2009).  Par ailleurs, du point de vue de la recherche, nous disposerons d’un dispositif suffisamment conséquent pour mieux appréhender les raisons pour lesquelles certains problèmes rencontrés par les enseignant·e·s - comme le développement de pratiques de notation référées à des critères - peuvent parfois résister aux cadres interprétatifs offerts par les modèles théoriques proposés (Pasquini, 2021a) et être influencés par les contextes dans lesquels les enseignant·e·s évoluent. Enfin, nous serons en mesure de montrer les liens entre le développement de pratiques soutenant l’apprentissage, les résultats des élèves et leurs capacités à identifier leurs marges de progression, et l’établissement d’un pronostic pour la suite de leur scolarité.

Notre objectif sera d’entrer dans la réalité des pratiques et d’analyser les facteurs qui permettent le développement de pratiques évaluatives au service des apprentissages. En cela, la taille de notre échantillon est déterminée par la durée des accompagnements à mener et des entretiens à réaliser. Cet échantillon pourrait toutefois être considéré comme relativement limité. En même temps, notre démarche de recherche vise à documenter, de manière rigoureuse et à notre connaissance pour la première fois dans de tels contextes, un nombre important de phénomènes relevés par la littérature mais rarement inscrits dans l’étude de pratiques, jusqu’aux élèves. Par ailleurs, le nombre de situations permettra d’identifier des variants et des invariants dans le développement des pratiques, à partir notamment de nos questions de recherche. Ce travail pourrait concrétiser une ouverture sur des recherches analysant de manière détaillée les conditions propices au développement de pratiques évaluatives sommatives et de notation au service des apprentissages au sein du paysage scolaire suisse et au-delà.

Analyses de données

Le matériau récolté sera de plusieurs types :

  • Enregistrements des séances de formation
  • Artefacts produits par les enseignant·e·s (n=par file) 
  • Questionnaires ACAI, pré et post-accompagnement (n= nombre de participant·e·s) 
  • Questionnaires élèves (en lien avec des épreuves et démarches, au début et en fin de dispositif, centrés sur la compréhension des pratiques) et au besoin, entretiens semi-dirigés avec un pannel réduit d'entre eux
  • Entretien semi-dirigé avec chaque enseignant à la fin de l’accompagnement (n=nombre de participant·e·s)  

Les entretiens seront transcrits (Dresing et al., 2015) puis analysés à l’aide de catégories conceptualisantes (Paillé & Mucchielli, 2012) issues de nos apports théoriques, définies comme « une production textuelle se présentant sous la forme d’une brève expression et permettant de dénommer un phénomène perceptible à travers une lecture conceptuelle d’un matériau de recherche » (p. 316). L’analyse des artefacts suivra la même logique (Pasquini, 2019 ; 2021a). D’un point de vue compréhensif, il s’agira de croiser les catégories, de les envisager comme un système compréhensif et non comme des cellules de sens isolées. Dès lors, les opérations d’analyse ne seront pas que techniques, mais relèveront d’articulations, de mises en lien conceptuelles, au travers d’un travail de questionnement de toutes nos données, y compris le questionnaire ACAI et celui des élèves.

Informations sur la gestion, l’accès, le partage, le stockage et l’archivage des données : 

La HEP Vaud dispose d’une politique de sécurité approuvée par la Direction et communiquée à l’ensemble du personnel (PER et PAT). Cette politique / directive fait partie intégrante de notre système de management de la sécurité de l’information reposant sur la norme ISO 27001. Notons par ex. que six personnes du service Informatique sont certifiées ISO 27001 Lead Implementer par l’organisme PECB, 1 personne certifiée CISA (Certified Information System Auditor).

La sécurité est une préoccupation fondamentale au sein du service Informatique et au sein de l’institution, notamment dans les domaines suivants : management de projets (HERMES), gestion des opérations (ITIL), management et gouvernance IT (COBIT), management des risques de sécurité (ISO 27001).

Les accès sont donnés uniquement aux personnes qui en ont besoin. Les données (en particulier les données confidentielles et sensibles) sont sécurisées et protégées en autres via notre plateforme IAM (Identity and Access Management). Le cas échéant, les données peuvent être encryptées par un algorithme asymétrique en s’appuyant sur les clés publiques / privées.

Bien évidemment les transmissions de données se font via un canal sécurisé (HTTPS, SFTP…)

Les données seront saisies en premier lieu sur les ordinateurs institutionnels des chercheuses fournis par la HEP Vaud et feront l’objet d’un back-up local dans l’institution.

Toutes les données de l’institution sont sauvegardées via notre infrastructure IT : des snapshots réguliers sont faits durant la journée, en plus des backups incrémentaux et des full backups. Le backup à long terme des fichiers est, quant à lui, sauvegardé sur bandes.

Toutes les données seront conservées pendant la durée du projet de recherche, puis, à l’achèvement du projet, seront entièrement transférées sur la base de données en open access Zenodo.