Vers un système binaire de voyelles nasales? Analyse de l'opposition entre /ɑ̃/ et /ɔ̃/ en français septentrional contemporain

Informations sur le projet
Titre: 
Vers un système binaire de voyelles nasales? Analyse de l'opposition entre /ɑ̃/ et /ɔ̃/ en français septentrional contemporain
Adresse e-mail de contact: 
Institution liée au projet: 
UNIL
État du projet
Date de début du projet: 
janvier, 2025
Date de fin du projet: 
juillet, 2027
A l'issue de la recherche, résumer les résultats en mettant en évidence les bénéfices pour l'éducation: 

L'étude permettra de déterminer qui sont les enfants susceptiblent de rencontrer des difficultés spécifiques face à l'apprentissage des phonèmes /ɑ̃/ (comme dans « blanc ») et /ɔ/̃ (comme dans « blond »), dans un contexte où ces voyelles nasales subissent des changements notables en français contemporain. Elle visera à identifier les facteurs qui contribuent à ces difficultés ainsi que les stratégies que les enfants mettent en œuvre pour les surmonter. En conséquence, les résultats de cette recherche pourront non seulement éclairer, mais aussi potentiellement adapter les méthodes d'enseignement actuelles afin de mieux soutenir l'apprentissage de ces phonèmes.

En parallèle, l'approche longitudinale utilisée dans l'étude offrira un aperçu précieux sur l'influence de l'apprentissage de l'écriture sur la distinction de ces sons. Elle permettra de voir si cette distinction est naturellement présente chez les enfants avant qu'ils n'acquièrent la compétence de l'écriture, ou si c'est l'orthographe qui joue un rôle clé dans le maintien du contraste entre ces voyelles. Cette dimension de l'étude pourra informer les pratiques pédagogiques, notamment en ce qui concerne le moment et les méthodes d'intervention les plus efficaces pour renforcer la conscience phonologique des élèves. 

Ainsi, cette recherche ne se contentera pas de documenter un aspect en évolution du système phonologique du français, mais elle apportera aussi des éléments concrets susceptibles d'améliorer les approches éducatives, en tenant compte des particularités linguistiques des enfants et des défis qu'ils peuvent rencontrer. Les enseignant·e·s pourront ainsi bénéficier de recommandations basées sur des données empiriques pour ajuster leur pédagogie en fonction des besoins réels des élèves, contribuant à une meilleure réussite scolaire dans l'apprentissage du français.

Description du projet
Résumé: 

De nombreux francophones ne distinguent plus les sons /œ̃/ (comme dans « brun ») et /ɛ̃/ (comme dans « brin »), ce qui rend ces deux mots homophones. Ce phénomène s’inscrit dans un ensemble de changements affectant les voyelles nasales du français septentrional contemporain, notamment le rapprochement entre /ɑ̃/ (comme dans « blanc ») et /ɔ̃/ (comme dans « blond »). Cependant, peu d’études récentes ont exploré ce phénomène ou ses conséquences, telles que son impact sur l’apprentissage linguistique. En effet, si ces deux phonèmes tendent à se confondre, les jeunes enfants pourraient rencontrer des difficultés à les distinguer et à les prononcer, difficultés qui pourraient s’atténuer avec l’exposition à l’écrit. Les graphèmes <an> et <en> pourraient renforcer la distinction entre /ɑ̃/ et /ɔ̃/, et permettre de rétablir le contraste au fil de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Cette étude vise à documenter ce changement phonétique d’un point de vue diatopique, en identifiant les régions où le phénomène est plus avancé et en analysant les facteurs sociolinguistiques et linguistiques qui le conditionnent. De plus, une approche longitudinale sera utilisée pour étudier la perception et la production de ces sons chez les enfants avant et après l’apprentissage de l’écriture. Cela permettra de comprendre si la distinction est claire avant l’alphabétisation ou si l’orthographe joue un rôle dans le maintien du contraste phonologique.

Les expériences avec les enfants consistent en différentes tâches. Tout d'abord, les enfants devront prononcer les noms d'objets représentés sur des images. Ils devront ensuite identifier des images après avoir entendu des mots, juger si deux mots sont identiques ou différents, et évaluer si une poupée prononce correctement certains mots. Deux ans plus tard, les enfants repasseront ces tests afin d’observer si l’apprentissage de la lecture et de l’écriture a influencé leur perception et production des sons concernés.

Mots-clés: 
phonétique
phonologie
voyelles
nasales
Méthode
Plans de recherche et modes/instruments de recueil de données: 

Recrutement des participant·e·s

Le recrutement des participant·e·s se fera par le biais des enseignant·e·s, qui partageront aux représentants légaux des enfants une fiche d'information, un formulaire de consentement, et un formulaire collectant des métadonnées. Ainsi, les participant·e·s et leurs représentants légaux ne seront pas directement confrontés à la chercheuse avant de donner leur consentement, ce qui leur permet de s'inscrire sur base volontaire et d'avoir un temps de réflexion. La chercheuse se déplacera ensuite dans les classes pour faire passer l'expérience aux enfants dont les représentants légaux ont consenti. La chercheuse présentera le projet à l'enfant, lui demandera s'il accepte de participer, et proposera à l'enfant de "signer" à l'aide d'un dessin, afin de donner un sentiment de responsabilité et d'autonomie à l'enfant (Danby & Farrell, 2005). Tout refus de la part d'un enfant sera définitif. Si un enfant accepte de participer mais se montre peu coopératif ou montre tout comportement montrant qu'il ne souhaite pas participer malgré son accord oral, l'expérience sera immédiatement arrêtée. 

Le recrutement comporte certains critères d'exclusion. Les enfants ne doivent à priori pas avoir de troubles du langage ou être atteints de surdité. Les enfants utilisant un implant cochléaire ou des appareils auditifs ne seront pas retenus. Ces critères d'exclusion sont mis en place pour limiter la variabilité car les troubles du langage ou la surdité (même avec des appareils ou un implant) influencent la perception et donc la production des sons. Enfin, pour être inclus dans l'étude, les enfants devront parler et comprendre le français. De plus, les enfants et leurs représentants légaux doivent être ouverts à l'approche longitudinale de l'étude, c'est-à-dire être d'accord d'être contactés d'ici environ deux ans pour reconduire l'étude. Les participant·e·s doivent habiter en Suisse. 

Expériences 

L'étude prend la forme de trois jeux. La chercheuse se trouvera face à l'enfant, avec un ordinateur. Chaque jeu comportera entre 12 et 16 éléments, afin de rendre les tests aussi rapides que possible et de garder l'attention des enfants. Le logiciel utilisé pour recueillir les données sera PsychoPy, manipulé par la chercheuse, qui pressera la touche correspondante à la réponse de l'enfant. Les trois "jeux" (expériences), adaptés de Thomas & Sénéchal (2004), sont les suivants:
 

1. Dans la première partie, l'enfant voit trois images à l'écran (par exemple une personne avec des cheveux blonds, une autre avec des cheveux blancs, et un téléphone). L'enfant va entendre un des mots, tel que "Blond" et la chercheuse va demander à l'enfant d'indiquer quelle image correspond au mot entendu. Pour commencer, la chercheuse explique le jeu à l'enfant et l'entraîne sur des images faciles sans phonèmes proches (un ordinateur, un arbre, un vélo).  Cette expérience est un test de reconnaissance de phonèmes, qui montre si l'enfant reconnaît les mots montrés ou s'il mélange les deux sons (dans cet exemple, s'il mélange "blond" et "blanc"). 

2. La deuxième partie est un test de discrimination de phonèmes, qui se fait sur des mots inventés. L'enfant verra cette fois-ci deux dessins de chiens ou d'un autre animal. La chercheuse indiquera à l'enfant qu'un des chiens s'appelle par exemple Pompom, alors que l'autre s'appelle Panpan. La chercheuse demande ensuite à l'enfant si les deux animaux ont le même prénom. Ainsi, le test montre si la discrimination de phonème est possible, même sans contexte lexical. 

3. Enfin, la dernière partie est un test de jugement de phonèmes. La chercheuse expliquera à l'enfant qu'une poupée apprend le français et qu'il faut aider la poupée à bien prononcer. L'enfant verra alors une image, par exemple un banc, et la poupée prononcera soit "banc" soit "bon". La chercheuse demandera à l'enfant si la poupée a bien prononcé le nom de l'objet. 

Instruments de recueil de données

La chercheuse enregistre les réponses des enfants via le logiciel PsychoPy. Les expériences sont enregistrées via un micro Beyerdynamic MM1, placé devant l'enfant. Le micro n'est pas intrusif. Le micro permet ensuite à la chercheuse d'analyser acoustiquement la prononciation des voyelles nasales de l'enfant. Un enfant ayant des difficultés en perception devrait également en avoir en production, la production et la perception étant liées (Pardo & Remez, 2021).